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juil 05

L’aventure de Matondo à Kinshasa

Matondo a six ans ; il vit à Kinshasa en R.D.C. Kinshasa est une grande ville de 24 communes dont les plus connues sont Kasa-Vubu, Kitanbo ou encore la Gombé en centre ville. Chaque commune comprend des quartiers. Matondo vit à Limété.

Créée en 1881, Kinshasa est la capitale de la République Démocratique du Congo (R.D.C.) qui se trouve au centre de l’Afrique. On appelle aussi ce pays Congo-Kinshasa. C’est un grand pays, cinq fois la France. Environ la moitié de son territoire est recouvert par la forêt équatoriale. Matondo a un oncle qui exploite le bois qui sert à faire des meubles ou à faire la cuisine.  Le fleuve Congo, deuxième fleuve le plus long après le Nil, représente un système de transport naturel et une source importante de production d’électricité. Il forme la frontière avec la République du Congo-Brazzaville.

Kinshasa c’est comme Paris et sa banlieue réunies, soit environ 10 millions d’habitants ; les habitants sont appelés des Kinois. Une des différences avec Paris : les immeubles de plus de 8 étages sont rares et regroupés au centre ville ; on peut voir des petits marchands partout installés sur les trottoirs qui vendent du coca-cola, des recharges téléphoniques,  réparent des valises, et sur les trottoirs plus larges on vend des meubles ou de l’électroménager. Tout se passe à l’extérieur. Vue d’avion de nombreuses petites maisons au toit en zinc s’étendent sur plus de 30 km d’est en ouest et 15 km du nord au sud. Les maisons se ressemblent, regroupées par trois ou quatre avec une cour intérieure. Dans la cour, les femmes pilent le manioc, les enfants jouent ensemble et les grands-parents se reposent à l’ombre d’un grand magnolia ou d’un frangipanier. On vit en famille et avec ses voisins ; les enfants dorment à plusieurs dans une chambre. Il y a de grands marchés aussi dans la ville, dont le marché central, très connu, où Matondo aime aller avec sa mère et sa grande sœur le samedi car au Marché ils rencontrent souvent ses amis.

Matondo signifie Merci en Lingala, dialecte parlé à Kinshasa). Matondo a trois sœurs et deux frères et son père travaille à l’aéroport international de Ngili qui se trouve à 20 km de leur maison. Son père prend le bus tous les jours, il rentre très tard le soir car il n’y a pas beaucoup de bus et ils sont souvent pleins. Sa mère ne travaille pas mais sa journée est bien remplie : elle fait le ménage, la cuisine, cultive du manioc et des légumes tous les après midi au bord la route principale. Elle va aussi laver le linge au bord du fleuve. Bien que l’eau soit abondante, elle est mal distribuée. Les sœurs de Matondo vont chercher l’eau au puits le plus proche lorsque l’eau n’arrive pas au robinet qui se trouve dans la cour. On utilise de grands réservoirs d’eau. Pour la cuisine, il faut apporter du charbon de bois et là c’est le plus grand frère qui s’en occupe. L’électricité n’arrive pas jusqu’à la maison de Matondo et il y a souvent des coupures d’électricité dans la ville.

Matondo va à l’école uniquement le matin. L’école s’arrête chaque jour à 13h30. On peut voir à cette heure là beaucoup d’enfants qui rentrent chez eux, à pied, tous en uniforme, chemise blanche et pantalon ou jupe bleu foncé, ils marchent en colonnes sur les bords des routes. Certains ont un sac à dos mais pas tous.

 

Cet après midi là Matondo s’ennuyait, ses grands parents dormaient sous le grand arbre et sa mère était partie cultiver. Ses sœurs bavardaient au fond de la cour. La veille, Matondo s’était construit un petit camion à l’aide d’un carton de jus d’orange et le tirant avec une ficelle il aimait jouer avec. Mais aujourd’hui, il s’ennuyait.

Il a entendu parler d’un groupe de musiciens venus à Kinshasa pour jouer au moins trois  jours non loin du zoo dans le centre ville.

Pourquoi ne pas aller voir ces musiciens ?

Il décide de partir dès maintenant pour ne pas rentrer trop tard car la nuit tombe vite à Kinshasa. Tous les jours il fait nuit à 18 heures. Il suit la grande route qui va au centre ville mais, arrivé à une place, il se trompe de chemin et se perd rapidement car la ville est très grande. Les grandes rues sont remplies de voitures, les policiers qui font la circulation ne sont pas très aimables, il n’ose pas demander son chemin. En plus, il ne sait pas vraiment le nom de l’endroit où jouent les musiciens. Il sait seulement qu’ils chantent des chansons de son pays mais aussi « Jusqu’à l’eau » une chanson qui parle de l’eau qui manque dans d’autres pays d’Afrique. Là où il y a la sécheresse. Il a entendu cette chanson chez son voisin, ça parle de femmes comme sa mère et ses sœurs qui vont chercher l’eau pour boire, cuisiner, se laver. Heureusement à Kinshasa pour se laver il y a le fleuve qui n’est pas loin lorsque l’eau manque au robinet ou lorsque les bacs dans la cour sont vides.

C’est déjà presque 17 heures et il sait que la nuit ne va pas tarder. Que faire ? Il arrive au centre ville, à un boulevard principal qui s’appelle le 30 juin. Il reconnait l’endroit car au bout du boulevard il retrouve le marché artisanal. Au coin d’une rue et du boulevard, il voit une grande pancarte au dessus d’une porte bleue. Sur l’affiche il y a 3 dessins représentant des enfants. Cette fois-ci il ose taper à la porte car il ne sait plus comment faire. C’est Mike qui lui ouvre en lui souriant. Rassuré, il explique qu’il cherche le groupe de musiciens. Mike (directeur/animateur du centre) lui explique que le groupe de musiciens a quitté Kinshasa ce matin pour continuer sa tournée. Mike invite Matondo à entrer pour qu’il puisse se reposer et manger quelque chose avant de repartir. Matondo accepte car il se sent fatigué de sa longue marche de tout l’après midi dans la ville. Il fait encore très chaud (+40°C) et il a soif. Dans la cour, il y a des garçons qui bavardent assis sur des bancs. Matondo leur montre son petit camion. Mike l’accompagne dans une salle de repos et lui donne de l’eau dans un grand gobelet en plastique rouge. Matondo, assoiffé, boit tout sans s’arrêter.

Mike lui pose des questions et Matondo est heureux de pouvoir parler à quelqu’un de si gentil. Matondo explique qu’il a compris son imprudence d’avoir quitté la maison sans prévenir sa famille pour rejoindre le groupe des musiciens. Heureusement Mike connait bien la ville et il pourra raccompagner Matondo sans difficulté chez lui. Mais ce sera demain matin car la nuit est tombée et la plupart des rues ne sont pas éclairées. En attendant le repas du soir, Matondo retourne dans la cour et des jeunes garçons viennent lui dire bonjour. Ils lui demandent s’il veut bien jouer avec eux au jeu de lettres. C’est un jeu avec des lettres que le centre a reçu avec d’autres jeux de la part de Bolamu, une association de plusieurs personnes à Paris (Bolamu – bonheur en lingala).  Là bas, en France, des parents et leurs enfants donnent des jeux et les envoient ici à Kinshasa pour que ces jeux soient redistribués aux enfants en difficulté ou très pauvres ou qui n’ont plus leurs parents. Matondo écoute avec attention les explications de Mike ; comme vous, il ne connaissait pas ces centres d’accueil. Les directeurs et animateurs sont très gentils avec les enfants, ils apprennent à lire aux enfants et à parler français, on peut manger et se soigner dans les centres. Matondo est content, il a découvert des amis et un nouveau jeu qu’il ne connaissait pas du tout. Il fait des efforts pour retrouver des mots en français qu’il a appris à l’école.

C’est un peu difficile mais il se souvient quand même de certains mots comme chanter, rire, danser, bonjour, ballons.

Puis le temps du repas arrive, on a préparé de la mwanbe aujourd’hui. C’est du poulet, du riz et des feuilles de manioc. Matondo adore ça, sa mère prépare ce plat tous les dimanches, elle met aussi des bananes cuites.

 

 

Puis c’est la veillée, les enfants se mettent en cercle dans la pièce principale et Mike leur raconte un conte. Ce soir là il s’agit de « Sobi et l’Epervier », un des contes très connus à Kinshasa.

Matondo fait un dessin car il aime beaucoup ce conte.

Ensuite les enfants chantèrent et il reconnut que c’était « Jusqu’à l’eau ». Ils chantèrent tous ensemble, c’était beau. Puis ce fut le temps de rejoindre le dortoir pour la nuit, on lui donna un lit bien confortable et il s’endormit heureux.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, Mike raccompagna Matondo chez lui. Matondo promit de revenir les voir de temps en temps tellement il était content d’avoir découvert un lieu où les enfants perdus de Kinshasa sont bien accueillis, peuvent se reposer, parler et jouer. Les animateurs ont tout fait pour que Matondo se sente confortable et il lui en était très reconnaissant. Ses amis le raccom-pagnèrent aussi et après un bon goûter chez Matondo à base de riz au lait préparé par sa sœur, Matondo et ses amis partirent jouer au bord du fleuve non loin de la maison de Matondo pour faire des ricochets.

Ils commencèrent à chanter tous ensemble la chanson « Des Ricochets  » (voir paroles au verso).

DES RICOCHETS (L. Florence – P. Guiaro / F. Château )- Unicef 2011.