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sept 20

Soirée concert

Concert du 5 octobre 2012, Centre d’Animation Poterne des Peupliers, Paris 13e

Discours de Marie-France Chocot, présidente de l’association Bolamu

Merci à vous d’être venus à cette soirée, de vous êtes déplacés jusqu’ici pour ce temps musical dédié aux enfants défavorisés d’Afrique. Même si nous sommes peu nombreux ce soir, c’est un moment important pour notre association. Il faut bien dire que, dans ce monde contemporain des années 2000, l’Afrique souffre d’une sorte de “concurrence” suffisamment forte pour venir affaiblir la motivation pour sa cause. En effet, actuellement, on se sent bien davantage concernés par ce qui se passe autour de nous : même si, en France, on ne peut pas parler d’enfants de la rue, on parle de gens dans la rue.

Alors ! Eh bien, en ce qui nous concerne, dans l’association Bolamu, nous poursuivons notre route entreprise en 2009 et nous gardons le cap pour venir en aide, à notre manière et selon nos possibilités, aux enfants défavorisés d’Afrique. Bien sur l’Afrique c’est un continent immense. Et donc nous avons débuté nos actions par un pays, la République Démocratique du Congo (R.D.C.) et sa capitale Kinshasa où se tiendra, dans quelques jours, le sommet de la francophonie. Nous élargirons nos actions très prochainement au Sénégal. Pourquoi la R.D.C. ? J’ai moi-même vécu dans ce pays de 1984 à 1987. Je connais les problématiques et les paradoxes de ce grand pays, cinq fois la France. En 2009, plus de vingt ans après, je suis retournée à Kinshasa avec ma fille pour établir un premier contact avec une ONG locale, l’A.E.D. (Aide aux Enfants Défavorisés). Cette ONG est bien “enracinée” à Kinshasa, créé en 1966 par un juge belge avec deux centres à l’époque. L’A.E.D. s’est développée et comporte aujourd’hui huit centres dispersés dans cette ville de Kinshasa, ville tentaculaire, qui s’étend non pas en hauteur (peu d’immeubles) mais sur des km et qui voit, vingt ans plus tard, son centre ville se rétrécir, du moins c’est mon ressenti en comparaison aux années 1984-1987. Partout, on peut voir maintenant des petits marchands qui investissent les trottoirs pour vendre à la sauvette, réparer des valises, des enfants de la rue qui mendient sur les routes embouteillées… Par ailleurs, dans certains quartiers, l’érosion a emporté plusieurs maisons forçant les gens à quitter leur endroit mais pour aller où ?, et l’eau au robinet n’est plus, et les coupures d’électricité sont quotidiennes, le plus souvent à partir de six heures du soir, au moment où la nuit tombe et où les gens rentrent chez eux. La cité pousse et gagne du terrain partout où elle le peut. Cette image pour vous dire que la pauvreté là-bas c’est le quotidien de presque 80 % des gens.

Mais revenons à l’A.E.D., en 2009, nous avons visité, moi et ma fille, six centres sur huit. Dans chaque centre, nous avons rencontré le Directeur du centre et les éducateurs, tous merveilleux, courageux malgré le manque de moyen. Un centre est dédié aux jeunes filles mères qui viennent là pour laver leur linge, prendre un repas et trouver du repos, du répit. Des cours sur le sida, sur la contraception sont dispensés selon un planning hebdomadaire affiché dans le bureau de Françoise, directrice du centre. Mais il n’y a pas de possibilité d’hébergement dans ce centre pour les jeunes filles mère. Le soir tout recommence pour elles, il leur faut dormir parfois à même le sol, au mieux dans les halls des quelques immeubles du centre ville après avoir négocié avec les gardiens. Un drame réel pour ces jeunes filles et un drame qui d’année en année s’accroît. Trois autres centres sont dédiés aux enfants de la rue qui sont soit au marché central à gagner un dollar par jour pour ramasser des détritus, soit mendiants sur les routes de la ville. Ce sont des enfants accusés de vol par exemple, ou victime d’un second mariage, on les dits “sorciers”, on les chasse. L’A.E.D. organise la nuit, trois fois par semaine, des patrouilles : une équipe constituée d’un infirmier et d’un éducateur sillonnent la ville et proposent aux enfants qu’ils trouvent dans la rue d’aller dans l’un des trois centres le lendemain matin pour trouver des soins, de quoi manger et parler, être réconforter. Des éducateurs s’investissent par le dialogue avec l’enfant et la famille pour que ces enfants retrouvent leur foyer ou un foyer d’accueil. La réinsertion sociale est l’objectif premier de l’A.E.D. Ces trois centres offrent également des cours d’alphabétisation pour les enfants issus de familles défavorisées. L’école publique telle que nous la connaissons ici en France n’a rien à voir avec là-bas. L’état semble avoir démissionné depuis longtemps dans le domaine éducatif, le budget alloué est serré, tellement serré que les parents doivent prendre le relais de l’état et financer eux-mêmes l’école publique. C’est pourquoi, plusieurs ONG à Kinshasa proposent du soutien scolaire malgré leurs faibles moyens et participent ainsi à maintenir, entre autre, l’apprentissage du français en R.D.C. Enfin, les trois autres centres que nous avons visité sont dédiés à la formation professionnelle des jeunes pour les métiers exercés dans cette vaste capitale, c’est-à-dire Couture/Coiffure/Restauration pour les jeunes filles, Maçonnerie/Menuiserie/Agriculture pour les jeunes garçons. Des petits ateliers de coutures fleurissent à Kinshasa et sur les trottoirs les plus larges on peut voir du mobilier à vendre (lits, armoires, bibliothèque..). Ils fabriquent de jolis meubles, le bois ne manque pas dans le pays, c’est un pays d’Afrique où il pleut, les richesses naturelles abondent.

Au retour de ce voyage de 2009, j’ai été touché par le courage des équipes de l’A.E.D. et la volonté, la détermination des jeunes à apprendre un métier. Cette détermination se lisait sur les visages, “Nous voulons avoir un métier” nous ont dit certains jeunes. Les formations se déroulent sur trois ans, malgré les difficultés rencontrées dans leur vie quotidienne, le manque de moyens (règle, équerre…. pour l’enseignant, dictionnaires, fournitures scolaires, tissus, pièces de rechanges des machines à coudre, acheminement du bois jusqu’au centre, ancienneté des machines outils de l’atelier de menuiserie créé en 1980…). Malgré tout les jeunes sont présents chaque matin pour apprendre et avoir un métier qui les positionne en tant que responsable et agent dans la société. La volonté et le courage de tous ceux que j’ai rencontré m’a donné l’impulsion pour créer cette association. Rejoints par ma fille et deux amis de mon lieu de travail, François et Aïcha, nous avons créé l’association en septembre 2009 (Loi 1901). En trois ans, une douzaine de gros colis contenant des vêtements pour les jeunes filles mères et leur bébé, des habits pour les jeunes, des fournitures scolaires, des manuels scolaires niveau primaire, des livres pour monter une bibliothèque, un peu de matériel informatique, plusieurs DVD ont été envoyés à l’A.E.D. Le transport est assuré par voie maritime grâce à une société, J2M Services, située à Melun. Il faut compter environ un mois et demi de délai. Tous les colis sont arrivés au sein de l’A.E.D. intacts. Parallèlement à cela, nous espérons ouvrir un centre professionnel en informatique qui représentera un réseau solidaire Paris-Kinshasa pour le développement des nouvelles technologies. Le projet consiste à former des jeunes ou des adultes à Paris afin qu’ils deviennent des correspondants “Informatique et Nouvelles technologies”. Ces correspondants animeront à leur tour des formations, transmettant les connaissances acquises, aussi bien sur place au sein d’associations parisiennes qu’à Kinshasa dans les locaux de l’A.E.D. et peut être, plus tard dans le temps, au sein d’une école “Bolamu” à créer. Pour ce projet, en juin, nous avons déposé un dossier de demande de subvention auprès de la Mairie de Paris dans le cadre du “Label Paris Co-développement Sud 2012″. Nous attendons la réponse pour Novembre, croisons les doigts !

L’originalité de cette année 2012 pour notre association a été le lien qui s’est tissé avec deux écoles privés catholiques, l’une dans le 78, l’autre dans le 95. Dans le temps du carême, une collecte de fournitures scolaires a été réalisés du 20 mars au 13 avril et la subvention de la cantine suite au repas appelé “Bol de riz” a financé le transport des fournitures et manuels scolaires collectés. Pour l’école du 78, nous avons présenté l’association aux enfants en créant une petite histoire, celle de Matondo (signifie merci en lingala) pour la présentation aux enfants de maternelle et un diaporama pour les CE1-CE2 et CM1-CM2. Des supports de ces présentations ont été remis aux enfants, Arnaud guitariste qui joue ce soir, était également présent pour l’animation musicale. Très belle matinée de partage avec les enfants. Vous retrouverez tout ceci sur bolamu.net ou facebook.com/pages/bolamu. Nous pensons réaliser le même type de présentation à Noël auprès des enfants de l’école du 95.

Comme vous le percevez, nous vivons dans l’association des moments dynamiques et riches en partage. Les idées ne manquent pas face au désir d’aider les jeunes en Afrique. L’association compte environ une quarantaine d’adhérents et un noyau actif d’une dizaine de membres. Je profite ici pour lancer un appel : nous recherchons des bénévoles pour nous aider en particulier pour développer les échanges avec les écoles et assurer, par exemple, la présentation de Bolamu aux enfants à partir des supports déjà créés, mais aussi des bénévoles qui accepteraient de faire don de leur création (bijoux, tricot, broderie….) afin de créer une expo vente en 2013.

Votre présence est une joie qui marque combien vous avez été touchés par notre association et une pensée s’en va vers les enfants là-bas qui savent que le concert est en train de se dérouler et qui eux aussi sont touchés de voir qu’ils ne sont pas oubliés. Merci à vous tous.